La thérapie non-verbale benenzonienne est l’un des cinq modèles de musicothérapie officiellement reconnus par la Fédération Mondiale de Musicothérapie.

En TNVB, la relation à l’autre, au patient, se crée et se développe exclusivement dans le non-verbal, c'est-à-dire sans l'usage de la parole parlée. Bien que le média sonore y occupe une place prédominante, cette approche a la particularité de prendre en compte l'ensemble des possibilités d'expression et de communication du contexte non-verbal comme médiateurs dans la relation thérapeutique. Cela inclut non seulement le sonore, le musical, le rythmique, la voix et le chant, mais également l'expression du corps, le rapprochement, l'éloignement, le mouvement, le regard, le silence, la respiration, la sensorialité, etc. C'est pour cela qu'il est plus adéquat de parler de thérapie non-verbale plutôt que de musicothérapie.

La TNVB se conçoit comme un processus relationnel à contre-courant de l’isolement qui découle du mode de fonctionnement de la culture occidentale basé sur la performance et la communication digitale. Cette approche tente de rétablir la qualité de l’ "être ensemble" et la reconnexion de l’être humain à son histoire, ses racines, au travers de l’expression et de la communication non-verbale.

Quelles applications?

Si cette approche s’est avérée particulièrement intéressante pour les personnes qui n'ont pas acquis l'usage de la parole, qui l'ont perdu, ou pour qui la parole ne constitue pas le média de communication le plus adéquat (personnes souffrant de troubles autistiques ou psychotiques, d’aphasies, de déficiences mentales, de patients dans le coma, ou touchées par la maladie d’Alzheimer), elle a également fait ses preuves auprès du tout venant.  En effet, en Amérique du Sud, en Italie, à Chypre et en Espagne, la thérapie non-verbale benenzonienne est largement utilisée auprès de personnes qui possèdent le langage verbal et ce, dans diverses applications cliniques (psychiatrie, douleurs chroniques, burn-out, assuétudes…), dans le cadre de la prévention primaire et, de manière plus générale, dans le but d'améliorer la qualité de vie des personnes.

Enfin, ce modèle thérapeutique, pratiqué en individuel ou en groupe, s’est montré opérant à tout âge de la vie (lien parents-nourrisson, enfance, adolescence, âge adulte et troisième âge).

Le fondateur de l’approche : le Dr Rolando Benenzon

La thérapie non-verbale a été développée à partir de 1966 par Rolando Benenzon, psychiatre et musicien argentin né en 1939. Benenzon fonde en 1966 la faculté de musicothérapie au sein de la faculté de médecine de l'université Del Salvador à Buenos Aires. En 1974, il co-organise le premier Congrès mondial de musicothérapie qui se tient à l’hôpital de la Salpêtrière, à Paris. Il a été cofondateur en 1985 de la Fédération Mondiale de Musicothérapie, qu’il a présidé de 1985 à 1990. Il est aujourd’hui reconnu comme une figure incontestée dans le domaine de la musicothérapie et de son application à l’autisme, les patients dans le coma et les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer.

Les structures nationales et internationales

La TNVB a continuellement évolué jusqu’à ce jour. Aujourd’hui, il existe divers centres Benenzon à travers le monde. L’OIB (Organisme International Benenzon) regroupe les praticiens et les centres Benenzon nationaux agréés et a pour mission de préserver l’éthique de l’approche, faire évoluer le modèle et définir les standards de formation au niveau international. La Benenzon International Academy propose une formation de niveau Master à la TNVB et collabore avec les centres Benenzon nationaux pour une partie de la formation (voir Formation en TNVB au Centre Benenzon Belgique), les supervisions et thérapies didactiques des étudiants.

Pourquoi une thérapie non-verbale et comment cela fonctionne-t-il?

Nous vivons dans un monde où la parole constitue bien souvent le principal moyen de communication entre êtres humains. Notre paradigme nous amène à tout verbaliser et à penser que pour pouvoir mener à bien un processus thérapeutique, il nous faille passer par la parole. De plus en plus, nous nous rendons compte que cette parole ne suffit pas à elle seule à exprimer dans son entièreté et toutes ses nuances nos pensées, nos vécus, notre être. Il peut même arriver que, pour certaines personnes, elle soit un frein, une entrave à la communication. Travailler dans le non-verbal peut être libérateur par rapport au système « réducteur » que constitue le système de la parole.

Le non-verbal offre un large champ de possibilités d’expression et, parce qu’il est directement connecté aux mémoires corporelle et archaïque, est en lien avec le corps, les émotions, l'inconscient et l'être-enfant.

En somme, le non-verbal, parce qu’il renvoie pour l'humain à son premier système de communication pré-verbal, constitue un chemin royal vers ses vécus archaïques et inconscients.

Nos tensions, peurs, angoisses, pertes de vitalité ainsi que nos douleurs émotionnelles proviennent de certaines de nos énergies en déséquilibre. Ces énergies siègent dans notre inconscient. Le plus souvent, elles ne remontent que partiellement à notre conscience, car filtrées par nos mécanismes de défense, et pour alors s'exprimer par la parole, dans un but de décharge et pour se restructurer. Certaines d'entre elles n'arrivent pas à faire ce chemin et restent en notre inconscient. Il est cependant possible de les exprimer et les restructurer de manière plus directe et authentique de manière non-verbale au travers du corps, de la posture, du rythme et du mouvement et, plus largement, de notre sensorialité. C'est ce que le thérapeute va favoriser chez le patient par ce jeu d'interactions corporo-sonoro-non-verbales libres, favorisant la mise en veilleuse de notre mode de pensée habituel, de notre esprit logique, ce qui aura comme effet une attention plus accrue portée à ce qui se joue en nous au niveau inconscient ainsi qu’à notre corporalité. Le thérapeute va contenir, refléter et accompagner le patient dans cette démarche et cette autre manière de fonctionner.

La psychothérapie ne consiste pas à donner des interprétations astucieuses et en finesse ; à tout prendre, ce dont il s’agit c’est de donner à long terme en retour au patient ce que le patient apporte. C’est un dérivé complexe du visage [de la mère] qui réfléchit [à son bébé] ce qui est là pour être vu.” -- Winnicott, Jeu et Réalité.

Quel cadre offre le thérapeute à son/ses patient(s)?

Le thérapeute prépare le local et le matériel en fonction du patient. Généralement, les médiateurs utilisés sont des instruments de musique simples, mais il peut aussi s'agir d'objets de la vie quotidienne, d'eau, etc. Il n'est pas nécessaire que le patient soit lui-même musicien.

Les séances thérapeutiques durent entre 30 et 45 minutes. Un entretien préliminaire dans le verbal entre le thérapeute et le patient, ou le demandeur de la prise en charge, définira le cadre de la prise en charge, ses limites et ses objectifs.

Quelle que soit la problématique, le travail du thérapeute est d'accompagner le patient sur un chemin de découvertes de soi-même, de compréhension de son système relationnel, et ce, d'une manière différente et complémentaire d'une thérapie verbale classique. C'est le patient lui-même qui indique au thérapeute le chemin thérapeutique à suivre.

Bien sûr, travailler exclusivement dans le non-verbal n'est pas sans difficulté. Comme nous l’avons souligné plus haut, nous ne sommes pas familiarisés avec le fait de s'exprimer uniquement dans le non-verbal. Il existe des défenses, des peurs, des résistances personnelles, culturelles et sociales.  Au cours du processus thérapeutique, le thérapeute va avoir pour objectif d’amener son patient à se sentir de plus en plus libre, de plus en plus souple dans ses possibilités d'exploration de son moi non-verbal. Ce travail aura pour but de permettre au patient de prendre conscience de certains conflits inconscients, de sa manière à rentrer en relation avec l’autre et de se positionner, des schémas répétitifs, de son héritage inconscient familial, culturel, social mais aussi universel.